La véritable fin de la Société des Auréliens

Londres, 17 juin 1748

Dear Mr. Sarsfield,

Je sais tout. Tout ce que votre esprit malfaisant a imaginé et ce que votre corps servile a exécuté. Croyez moi, cela ne restera pas impuni ; et bientôt, tous les journaux auront mis à nu les faits qui vous accablent concernant la sordide affaire du grand incendie de Cornhill.

Il n’était inconnu de personne que la Société des Auréliens avait pris ses quartiers dans la Swan Tavern, derrière Exchange Alley, où le feu à débuté. Régulièrement, ses membres s’y retrouvaient, entourés par leurs collections et travaux, pour échanger sur le sujet même de leur association : la lépidoptérologie.
J’y pense… vous n’avez probablement aucune idée de ce qu’est cette noble science. Il s’agit de l’étude des papillons, des créatures aussi éphémères que vous.

Des milliers d’entre eux étaient conservés dans cette taverne : illustrés ou naturalisés ; et tout est partie en fumée par votre faute. Mais vous ne pouviez pas le savoir, bien sûr. L’auriez vous pu, aveuglé comme vous l’êtes par votre serment familial ? Une vengeance vieille d’un demi siècle, transmise par vos parents, qui a fait de vous un pauvre fou incendiaire.

Quelles sont mes preuves, me demanderez vous.

Il se trouve qu’après plusieurs mois de recherches, j’eus enfin en ma possession une lettre de votre main, envoyée à votre confidente et amante Mrs. Heathers et qui expose votre plan en détails. En voici un extrait, pour vous prouver mon honnêteté :

(…) et donc, mercredi, lorsque le soleil se couchera, j’embraserai cette chaumière qui héberge tous les soirs Dandridge, l’ordure huguenote, et ses amis. N’essaye pas de m’en empêcher, Suzanne, car vengeance doit être accomplie.
Comme son père avant lui qui mena des huguenots en 1688 à rallier les forces contre sa Majesté Jacques II, Dandridge est un pervers complotiste.

Il n’y a aucun homme au monde plus affable et bienveillant que Joseph Dandridge. Cet homme, passionné par sa collection extraordinaire de lépidoptères, passe sa vie à la compléter tranquillement. Quoi de plus paisible ? Il ne vous a fait aucun mal. Aucun d’entre nous ne l’a fait ; et pourtant, votre lubie psychotique nous a valu de côtoyer la mort de près.

Cette lettre n’est pas une menace, c’est une information. Quoi que soit votre réponse, il n’en changera rien à nos démarches : nous vous dénoncerons pour tentative d’assassinat et destructions de biens inestimables, nous vous exposerons aux journaux et vous monterez à l’échafaud.


Veuillez accepter, Mr. Sarsfield, mes plus sincères condoléances pour votre perte.




Benjamin Wilkes




La Société des Auréliens à Londres était une des premières sociétés de spécialistes en zoologie et plus particulièrement dans le domaine de la lépidoptèrologie. Créée dans les années 1690, elle fût dissoute en 1748 après le incendie de Cornhill.

Les Auréliens étaient en pleine réunion à la Swan Tavern, lorsque le feu débuta sur Exchange Alley et les entoura. Tous réussirent à s’échapper mais l’ensemble de leurs collections, travaux et archives furent détruites. Ils n’eurent pas le courage de s’associer de nouveau.

Le terme « aurélien » est une traduction de l’anglais « aurelian », qui est un mot désuet pour désigner les lépidoptéristes. Ce mot est dérivé de « aurelia » (« chrysalide »), lui-même dérivé du Latin « aurum », « or », en référence à « l’étui doré des papillons ».

Source sur la « Aurelian society » (en anglais)
Source sur l’étymologie de « aurelian » (en anglais)