Univers et réalités

J’ai souvent évoqué la notion d’ « Univers » dans de précédents articles, sans ne jamais précisément éclairer ce que j’entendais par là. Le moment est venu. Et ça va faire mal.

Pour commencer, ce principe ne diffère pas beaucoup entre les genres d’œuvres narratives, car ses éléments sont universellement retrouvables dans n’importe quel simulation de réalité (c’est à dire aussi bien dans une œuvre de fiction, que dans une œuvre réaliste, voire même dans votre réalité). Une œuvre, tout comme nos vies, est centrée sur un personnage. Assez logiquement, l’univers est également centré sur lui (ou sur un groupe, si l’on considère l’univers d’une œuvre dans laquelle un groupe est le point central). Tout est perception, car ce que l’on choisit de prendre en compte aura une répercussion sur ce que l’on mettra dans les cases de la définition.

Venons en à ce qui, pour moi, constitue l’ « Univers » :

  • la physique, c’est à dire l’ensemble des lois s’appliquant aux corps présents dans l’univers (la gravité, la valeur de la vitesse de la lumière…),
  • la réalité directe, c’est à dire la facette de réalité perçue par un individu et avec laquelle il interagit, qui est étroitement liée à son caractère, son éducation, sa culture (ce que l’on peut appeler grossièrement « son petit monde » et qui pourrait par exemple être le quotidien de l’individu, son entourage, la géographie qu’il connaît…)
  • la réalité indirecte, qui est une réalité distante de l’individu, comprise et appréhendée, mais qui ne possède que très rarement de lien avec la réalité directe (exemple : la politique de l’Ouganda pour un univers centré sur un américain pure souche).
  • L’inconnu, c’est à dire la réserve de possibilités dont l’univers dispose. En d’autres termes, c’est l’existant inconçu, inimaginé mais tout de même possible.

L’univers est donc « un environnement d’individus qui possèdent une connaissance restreinte et changeante de celui-ci, constituant leurs perspectives ».
Le concept de perspective est très important, car c’est ici que la réalité indirecte et l’inconnu deviennent capitaux. En effet, la physique est uniformément et surtout passivement appliquée, c’est une constante. Au contraire, la réalité directe et indirecte ont des tailles variables. C’est à dire qu’en augmentant sa réalité directe à travers la curiosité ou l’ambition par exemple (donc en apprenant à interagir avec plus de choses, en étendant ses capacités, ses connaissances), on s’approprie une partie de la réalité indirecte et la transforme en directe. Ainsi, grâce aux connaissances acquises, il est aussi possible que la réalité indirecte s’agrandisse en englobant de l’inconnu pour contenir plus encore d’éléments lointains, mais qui deviennent maintenant davantage accessibles. La réalité indirecte contient et contiendra donc toutes les possibilités actuelles et futures d’un individu, car elle est liée avec l’inconnu.


Voilà donc précisément ce que j’appelle « univers ». Dans un jeu de rôle par exemple, la réalité directe est représentée par le scénario, et la réalité indirecte par les connaissances des personnages (et donc joueurs). Cependant, deux choses diffèrent fondamentalement entre la vie réelle et la narration : la physique et l’inconnu. En effet, dans une narration, tout est possible et les personnages n’ont pas de base stable (car la physique n’est pas forcément appréhendée) pour tenter d’anticiper les nouveaux éléments de la réalité indirecte (donc de l’inconnu), et encore moins ceux qui les surprendront à arriver promptement dans leur réalité directe. Exemple : « Ah, c’est donc ça une gravité qui passe soudainement à 10 G alors que je suis un chevalier en armure ? » Plortch.

Mon exemple vous a paru illogique non ? C’est parce qu’inconsciemment, vous avez pris pour référence le genre, la cinquième et dernière variable d’univers, uniquement présente dans la narration.

Le genre permet aux joueurs/lecteurs/spectateurs d’appréhender un peu mieux l’univers et d’élargir l’horizon de la réalité indirecte. En d’autre termes, ils savent que dans un JdR* de SF* avec sa physique si particulière, on croisera assez peu de chevaliers.

En résumé :
Univers général = Physique + Réalité directe + Réalité indirecte + Inconnu
Univers d’une narration = Univers général + Genre

Le genre dans une narration est en fait la bride de l’inconnu. Il permet aussi bien aux joueurs et au MJ* de se donner une idée de ce qui les attend en prenant pour référence leur propre savoir hors-jeu et en le transférant dans leur personnage (ou en l’intégrant dans sa maîtrise dans le cas d’un MJ).

Ceci est bien sûr valable dans n’importe quelle œuvre narrative, où le lecteur/spectateur/joueur l’utilise pour mieux appréhender l’univers de l’œuvre. Le genre sert donc de passerelle rapide entre l’inconnu et la réalité indirecte. Exemple, je visionne un film que je sais être du genre médiéval fantastique. Je n’ai pas connaissance de l’univers, mis à part qu’il ressemble au mien (physique), que le personnage principal est un paysan qui laboure ses terres situées en périphérie d’un château (réalité directe), que le château abrite un duc au service du roi (réalité indirecte) et que, comme l’œuvre est du genre médiéval fantastique, il y a probablement des créatures magiques et des chevaliers dans cet univers (genre). Tout le reste (m’) est inconnu. On voit bien que le genre permet d’anticiper des éléments normalement inconnus et de les placer dans une case supplémentaire « probablement dans l’univers mais je l’ai deviné alors laissons le un poil en dehors de la réalité indirecte ».

Évidemment, le genre pose des limites à la créativité de l’auteur, tout simplement parce qu’il s’y reporte sans cesse et utilise ses éléments comme source d’inspiration. Il est logique que l’on ai envie de mettre des dragons et de la magie dans une œuvre MedFan*.
Je reviendrai dans un prochain article sur les limites créées par le genre. Je me devais simplement l’aborder ici pour le lier directement avec l’univers.

— Meseer


*Lexique rôliste

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